{"id":63,"date":"2017-09-27T14:07:21","date_gmt":"2017-09-27T12:07:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.oldwishes.net\/tales\/?p=63"},"modified":"2017-09-27T14:07:21","modified_gmt":"2017-09-27T12:07:21","slug":"present","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-conteuse.net\/index.php\/2017\/09\/27\/present\/","title":{"rendered":"Le pr\u00e9sent d&rsquo;hier"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<h3>Un nouveau th\u00e8me pour ce site :<\/h3>\n<h5 style=\"text-align: right;\"><em>Apr\u00e8s presque 5 ans (je pense) avec le m\u00eame th\u00e8me, j&rsquo;ai eu finalement une envie de changements. C&rsquo;est arriv\u00e9 un peu sans pr\u00e9venir et le voil\u00e0. Et finalement, r\u00e9flexion faite, alors que je viens de finir ce texte, il le repr\u00e9sente bien. J&rsquo;ai eu envie d&rsquo;incarner en ce th\u00e8me de nombreux \u00ab\u00a0fant\u00f4mes\u00a0\u00bb, peintures ou citations d&rsquo;\u00e9crivains&#8230; Mais je ne vais pas m&rsquo;\u00e9tendre plus dans cette intro et laisser place \u00e0 mes souvenirs.<\/em><\/h5>\n<p><em>Merci \u00e0 tous et \u00e0 bient\u00f4t !<\/em><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-3241 aligncenter\" src=\"https:\/\/la-conteuse.net\/wp-content\/uploads\/2015\/10\/bar.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"43\"><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00ab\u00a0Des landes qui courent \u00e0 perte de vue, &#8230; L&rsquo;horizon pour seule limite. Des brumes volantes. Un lieu qui retient son souffle. C&rsquo;est un froid matin. Les hautes herbes dansent dans le vent, dans la lumi\u00e8re naissante, les larmes de la nuit scintillent. Un pays rugueux \u00e0 l&rsquo;\u00e2me ancienne. Sombre, myst\u00e9rieux et fascinant. Les l\u00e9gendes vivent ici, transpirant de chaque pierre, de chaque ombre glissant sur le sol. Monde hors du temps, o\u00f9 r\u00e9sonnent encore des voix enfuies, les voix de ceux qui ont v\u00e9cus. Sombre monde o\u00f9 d&rsquo;autres sont pass\u00e9s, grand livre des passions humaines. A travers le mince voile de l&rsquo;histoire, &#8230;o\u00f9 des voix rauques ne sont plus entendues. La voix de ceux qui ont aim\u00e9s, march\u00e9s, p\u00e9ris sur ces landes. Des larmes, du sang, et la vie qui vibre au bout d&rsquo;une lame.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3819\" aria-describedby=\"caption-attachment-3819\" style=\"width: 272px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-3819\" src=\"https:\/\/la-conteuse.net\/wp-content\/uploads\/2005\/05\/study.jpg\" alt=\"\" width=\"272\" height=\"389\" srcset=\"https:\/\/la-conteuse.net\/wp-content\/uploads\/2005\/05\/study.jpg 447w, https:\/\/la-conteuse.net\/wp-content\/uploads\/2005\/05\/study-210x300.jpg 210w\" sizes=\"auto, (max-width: 272px) 100vw, 272px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3819\" class=\"wp-caption-text\">Portrait Study de Charles Baxter<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: center;\">Litanie des temps anciens, perdue par la peur d&rsquo;un futur incertain ? Parfois dans les vapeurs du matin nouveau, voguant vers d&rsquo;\u00e9tranges contr\u00e9es, tout \u00e0 la fois nouvelles et tellement semblables, je les entends, je vois leurs visages, et leurs yeux si semblables &#8230; Les couleurs d&rsquo;une fresque sans fin&#8230; Celle d&rsquo;une histoire qui coule dans nos veines, qui nous a fa\u00e7onn\u00e9 aussi loin que remonte sa naissance. Un pr\u00e9sent d&rsquo;hier&#8230; Le n\u00f4tre ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>(C\u00e9cile Lensen &#8211; 16 mai 2005)<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-3241 aligncenter\" src=\"https:\/\/la-conteuse.net\/wp-content\/uploads\/2015\/10\/bar.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"43\"><\/p>\n<p>Alors que je faisais le tri dans mes anciens articles, je suis retomb\u00e9e sur tous mes anciens textes, baptis\u00e9s \u00ab\u00a0Solitude\u00a0\u00bb. Celui-ci m&rsquo;a donn\u00e9 envie de pousser un peu plus loin la r\u00e9flexion, tant mes souvenirs \u00e0 sa lecture sont nombreux.&nbsp;<\/p>\n<p>Lorsque je l&rsquo;ai \u00e9crit j&rsquo;\u00e9tais en premi\u00e8re ann\u00e9e d&rsquo;Histoire de l&rsquo;Art, j&rsquo;aimais \u00e9norm\u00e9ment fl\u00e2ner dans les rues \u00e0 Li\u00e8ge et je me r\u00e9fugiais souvent dans les \u00e9glises, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment Saint-Jacques. Et parfois, j&rsquo;aimais juste \u00e0 imaginer tous ceux qui avant moi s&rsquo;\u00e9taient tenus \u00e0 cet endroit. J&rsquo;aimais cet instant de solitude o\u00f9 je pouvais me laisser submerger par l&rsquo;Histoire et mon imagination.&nbsp;<\/p>\n<p>Dans tous les lieux historiquement charg\u00e9s que je visite, je ne peux m&#8217;emp\u00eacher de laisser mon imagination d\u00e9river. Devant chaque portrait, je ne peux m&#8217;emp\u00eacher de fixer leur regard \u00e9teint depuis longtemps et me demander au fond de moi : <em>\u00ab\u00a0Mais qui \u00e9tais-tu ? \u00c9tais-tu heureuse d&rsquo;\u00eatre l\u00e0 ? Qu&rsquo;aimais-tu dans ta vie ? Quels \u00e9taient tes r\u00eaves ?\u00a0\u00bb<\/em> Un exercice d&rsquo;imagination, tout autant que d&#8217;empathie. Sur le forum de la Clairi\u00e8re, je me rappelle qu&rsquo;\u00e0 cette \u00e9poque, on se lan\u00e7ait des petits d\u00e9fis d&rsquo;\u00e9criture, \u00e0 partir d&rsquo;une image, pour tenter d&rsquo;imaginer une vie \u00e0 des personnes inconnues et disparues. J&rsquo;adorais \u00e7a&#8230;&nbsp;C&rsquo;est quand m\u00eame quelque chose de sacr\u00e9ment incroyable, l&rsquo;Histoire, quand on y pense, le fait d&rsquo;essayer de comprendre, de se rapprocher de la pens\u00e9e de ces \u00eatres humains.&nbsp;<\/p>\n<p>Je me suis rendue compte que cela me rappelait plusieurs exp\u00e9riences dont j&rsquo;ai envie de parler un peu ici.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-3241 aligncenter\" src=\"https:\/\/la-conteuse.net\/wp-content\/uploads\/2015\/10\/bar.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"43\"><\/h2>\n<h2 style=\"text-align: center;\">Une rencontre :&nbsp;Patrick Corillon<\/h2>\n<p>Une rencontre, en avril 2010, avec un artiste li\u00e9geois, Patrick Corillon. Une tr\u00e8s belle rencontre d&rsquo;une personne sensible et passionnante. Sa vision des lieux, de leur h\u00e9ritage et des fant\u00f4mes qui en d\u00e9coulent entre compl\u00e8tement en r\u00e9sonance avec ce que je disais plus haut.&nbsp;En voici quelques bribes de souvenirs :&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>Il disait ces mots : \u00ab&nbsp;<em>se sentir dans un lieu, ce sentiment d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent dans un lieu, \u00e0 mon avis, repose sur une part de r\u00e9alit\u00e9 mais \u00e9galement sur une part de fiction<\/em>\u00bb.<br \/>\nA chaque fois qu\u2019il travaille dans un lieu, l\u2019artiste se pose la question suivante&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Comment des parts d\u2019imaginaire peuvent-elles s\u2019incarner ici<\/em>&nbsp;?&nbsp;\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>Ainsi il consid\u00e8re que le lieu est une des traces de la vie des hommes et en tant que tel, il peut contenir de nombreux souvenirs r\u00e9els ou imaginaire que l\u2019artiste aime \u00e0 faire resurgir. Il part du principe que l\u2019\u00e2me du cr\u00e9ateur peut revivre et se r\u00e9incarner l\u00e0 o\u00f9 quelqu\u2019un entre en dialogue avec son \u0153uvre. <em>C\u2019est peut-\u00eatre ici que<\/em>\u2026 c\u2019est un peu comme <em>Il \u00e9tait une fois<\/em>, cela permet \u00e0 Patrick Corillon d\u2019ouvrir un espace-temps diff\u00e9rents dans l\u2019esprit du spectateur.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3826\" aria-describedby=\"caption-attachment-3826\" style=\"width: 231px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3826\" src=\"https:\/\/la-conteuse.net\/wp-content\/uploads\/2005\/05\/FernandKnab.jpg\" alt=\"\" width=\"231\" height=\"325\" srcset=\"https:\/\/la-conteuse.net\/wp-content\/uploads\/2005\/05\/FernandKnab.jpg 564w, https:\/\/la-conteuse.net\/wp-content\/uploads\/2005\/05\/FernandKnab-213x300.jpg 213w\" sizes=\"auto, (max-width: 231px) 100vw, 231px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3826\" class=\"wp-caption-text\">Fernand Knab<\/figcaption><\/figure>\n<p>Patrick Corillon se consid\u00e8re comme un passeur de m\u00e9moire, un maillon entre les diff\u00e9rentes g\u00e9n\u00e9rations. Il veut transmettre la culture et rendre hommage aux grands hommes qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9. Il veut comprendre de quelle mani\u00e8re un homme se construit vis-\u00e0-vis de ses diff\u00e9rents h\u00e9ritages, pays, langues, famille, communaut\u00e9, religion. Pour lui, les h\u00e9ritages, sont construit autant sur de l\u2019imaginaire que sur une r\u00e9alit\u00e9. &nbsp;Cette question de l\u2019h\u00e9ritage a amen\u00e9 l\u2019artiste \u00e0 se poser la question de la pr\u00e9sence et la notion du nom. Chez Corillon, la pr\u00e9sence est une forme de hantise, elle est li\u00e9e \u00e0 un lieu, c\u2019est un fant\u00f4me qui n\u2019apparait que lorsque que l\u2019on r\u00e9anime un nom. L\u2019esprit-pr\u00e9sence d\u2019un cr\u00e9ateur s\u2019incarne :&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p><em> \u00ab L\u00e0 o\u00f9 quelqu\u2019un a eu une rencontre avec un auteur, quelque chose s\u2019est pass\u00e9, que c\u2019est un vrai dialogue. Et que pour moi il y a quand m\u00eame quelque chose d\u2019absolument magique, je n\u2019en suis toujours pas revenu de pouvoir lire Stendhal et de me dire qu\u2019il est mort il y a deux cents ans et d\u2019\u00eatre dans un rapport de tellement d\u2019intimit\u00e9, de me dire que c\u2019est tellement vivant ce dialogue l\u00e0 ou d\u2019\u00eatre devant un tableau et de me dire il y a 400 ans qu\u2019il \u00e9tait l\u00e0 et puis il me parle. Il y a quelque chose de \u2026 voil\u00e0, c\u2019est l\u2019esprit du lieu&nbsp;\u00bb. <\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>C&rsquo;est l\u00e0 que cela devient fascinant, puisqu&rsquo;on se retrouve confront\u00e9 \u00e0 autant de \u00ab\u00a0bo\u00eete de Pandore\u00a0\u00bb, et chaque lecteur passionn\u00e9 sera sans doute convaincu de cela : lorsque l&rsquo;on cite le nom d\u2019un \u00e9crivain ou d\u2019un artiste, on pense \u00e0 une \u0153uvre et non \u00e0 une personne incarn\u00e9e. Ce nom devient une cl\u00e9 qui permet d\u2019ouvrir de nombreuse portes. L\u2019\u0153uvre obtient une forme d\u2019ubiquit\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 quelqu\u2019un l\u2019invoque par la lecture, dialogue avec elle, elle se met \u00e0 exister et \u00e0 remplir le lieu o\u00f9 se trouve le lecteur qui voyage d\u00e8s lors entre deux mondes. C&rsquo;est cette exp\u00e9rience de lecture qui nous fait palpiter, qui nous fait vivre \u00e0 travers les mots, le destin d&rsquo;autres. Une exp\u00e9rience, certes solitaire, mais \u00f4 combien empathique et enrichissante.&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-3241 aligncenter\" src=\"https:\/\/la-conteuse.net\/wp-content\/uploads\/2015\/10\/bar.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"43\">Les voix d&rsquo;Outretombe<\/h2>\n<figure style=\"width: 225px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/78.media.tumblr.com\/f9f80e84b7ae41b0d6d2e2160de6a2b8\/tumblr_p5ai69rJe91qzzvn5o1_500.jpg\" alt=\"Maud Fealy\" width=\"225\" height=\"291\"><figcaption class=\"wp-caption-text\">Maud Fealy<\/figcaption><\/figure>\n<p>L&rsquo;autre exp\u00e9rience dont j&rsquo;avais envie de parler est la r\u00e9alisation d&rsquo;une exposition en 2015. Le sujet ne m&#8217;emballait pas outre mesure : la musique \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la Grande Guerre. Je m&rsquo;attendais sans doute \u00e0 ne trouver que des chants patriotiques et des hymnes militaires. Comme je me trompais ? Je n&rsquo;imaginais pas alors \u00e0 quel point les chansons du peuple pouvaient porter leur \u00e2me, leurs chagrin et leurs joies. Bien loin du r\u00f4le d&rsquo;agr\u00e9ment que l&rsquo;on peut attribuer \u00e0 la musique aujourd&rsquo;hui, ces chansons faisaient offices de <em>journal<\/em>. A la fois informative, ironique, tristes \u00e0 pleurer ou particuli\u00e8rement os\u00e9es. Elles se d\u00e9pla\u00e7aient de villages en villages sous la forme des Menestriers, elles bougeaient, apportaient les nouvelles. Elles \u00e9taient un lieu de libert\u00e9 o\u00f9 m\u00eame ceux qui ne savaient pas \u00e9crire pouvaient colporter des savoirs.&nbsp;<\/p>\n<p>A travers ces chansons couvrant les \u00e9poques de 1880 \u00e0 1920, j&rsquo;ai d\u00e9couvert l&rsquo;Histoire du petit peuple (et pas celui des lutins cette fois), avec ses vraies pr\u00e9occupations, ses craintes, les changements sociaux, les r\u00e9alit\u00e9s de terrain. Le tout \u00e9tait fort lointain de l&rsquo;image historique qui est renvoy\u00e9 par de nombreux documents. G\u00e9n\u00e9ralement, les documents historiques, les films, les livres occultent, ils ne sont que le dessus de l&rsquo;iceberg. Les mots du peuple sont cr\u00fbs, ils parlent de tout, des Grand Hommes et des augmentations du sucre, de ces filles m\u00e8res que l&rsquo;on injurie et de celles qu&rsquo;on tol\u00e8re apr\u00e8s-guerre, car il manque d&rsquo;hommes et que l&rsquo;on chante maintenant l&rsquo;obligation des hommes d&rsquo;\u00eatre infid\u00e8les pour repeupler le pays. On chante les frayeurs, les tristesses de la femme battue qui tente de nourrir ses enfants et de faire face \u00e0 son mari alcoolique, on parle de la mort, on parle de la maladie, et tous ces sujets graves sont chant\u00e9s, \u00e0 la mani\u00e8re des m\u00e9nestrels de l&rsquo;ancien temps, de nouvelles Ost bien moins glorieuses, chant\u00e9es pour quelques sous dans une arri\u00e8re cours avec un orgue de barbarie. Je crois que je pourrais en parler des heures. Et peut-\u00eatre que je mettrai ici tous les articles sur la condition f\u00e9minine \u00e0 cette \u00e9poque. Car ce sont ceux que j&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e9crire.<\/p>\n<p>Pensez-vous ? Il y avait tellement de chansons, ne serait-ce que pour condamner l&rsquo;arriv\u00e9e des bottines \u00e0 lacets&#8230; Car impudique, elles permettaient aux femmes une plus grande aisance de mouvement. Forc\u00e9ment, il fut difficile d&rsquo;accepter que ces femmes si <em>fragiles<\/em> avaient finalement r\u00e9ussi \u00e0 se d\u00e9brouiller seules pendant tout le conflit ? Qu&rsquo;elles avaient cr\u00e9\u00e9s les armes avec lesquelles on avait tu\u00e9 tant d&rsquo;hommes. Il fallait bien vite qu&rsquo;elles reprennent leur place \u00e0 la cuisine. Bref, vous l&rsquo;imaginez bien, une p\u00e9riode complexe et passionnante.<\/p>\n<p>Tout \u00e7a pour dire, qu&rsquo;\u00e0 travers des mots sur des feuillets jaunis, ce sont des voix que j&rsquo;entendais, celles des absents dont je tente parfois de d\u00e9crypter le regard. Et c&rsquo;\u00e9tait une exp\u00e9rience incroyable. Je regrette que ce type de documents soient finalement bien plus rares voire inexistants pour les \u00e9poques anciennes. Car la voix du peuple, on la cherche parfois d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment. Il n&rsquo;en reste que des murmures \u00e9touff\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-3241 aligncenter\" src=\"https:\/\/la-conteuse.net\/wp-content\/uploads\/2015\/10\/bar.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"43\"><\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\">La famille<\/h2>\n<p>Il s&rsquo;agissait d&rsquo;une boite de photographies sur verre, gagn\u00e9e en vente publique. Sans information sur son contenu et sur les souvenirs qu&rsquo;elle pouvait contenir.&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_3835\" aria-describedby=\"caption-attachment-3835\" style=\"width: 273px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3835\" src=\"https:\/\/la-conteuse.net\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/Fillette.jpg\" alt=\"\" width=\"273\" height=\"356\" srcset=\"https:\/\/la-conteuse.net\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/Fillette.jpg 486w, https:\/\/la-conteuse.net\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/Fillette-230x300.jpg 230w\" sizes=\"auto, (max-width: 273px) 100vw, 273px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3835\" class=\"wp-caption-text\">La petite fille. Ma si jolie que l&rsquo;on voit \u00e9voluer de photos en photos.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Et des souvenirs il y en avait dans ces petites plaquettes fragiles, arriv\u00e9es par je ne sais quel miracle jusqu&rsquo;\u00e0 nous &#8211; la r\u00e9gion \u00e0 quand m\u00eame \u00e9t\u00e9 ravag\u00e9e par le feu en 1914. Une tristesse de se dire qu&rsquo;elles ont \u00e9t\u00e9 perdues en route jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;une personne ignorant ce qu&rsquo;elles sont, les vendent \u00e0 des inconnus. Je trouve toujours tr\u00e8s triste de voir des portraits d&rsquo;anc\u00eatre en vente dans des brocantes o\u00f9 ils ne sont plus que des inconnus vintage qu&rsquo;on va poser dans un coin pour faire son petit effet. Mais ce n&rsquo;est pas vraiment le propos.&nbsp;<\/p>\n<p>Notre petite boite contenait maintes photos de famille, d&rsquo;une famille non loin de chez moi, une quinzaine d&rsquo;ann\u00e9e d&rsquo;une famille ais\u00e9e. Ses petits plaisirs, les souvenirs qu&rsquo;ils voulaient conserv\u00e9s. Des moments de la vie quotidienne avec la petite fille de la famille jouant simplement, les promenades au bord de l&rsquo;eau, la p\u00eache en famille au bord d&rsquo;un ruisseau&#8230;<\/p>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9veloppement de ces photos, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment attir\u00e9e par eux, tellement avide de d\u00e9couvrir qui ils \u00e9taient, leurs noms, avec l&rsquo;impression \u00e9trange d&rsquo;avoir eu acc\u00e8s \u00e0 quelques moments privil\u00e9gi\u00e9s qui n&rsquo;auraient pas d\u00fb quitter leur intimit\u00e9. J&rsquo;ai l&rsquo;impression de m&rsquo;\u00eatre invit\u00e9 chez eux, de les conna\u00eetre alors que cent ans nous s\u00e9parent. C&rsquo;est \u00e9trange et \u00e9mouvant.&nbsp;<\/p>\n<p>La maison qu&rsquo;ils habitaient existe toujours. Je n&rsquo;ai pas encore os\u00e9 vraiment chercher leurs noms dans les archives. Je crois que je fais un blocage, comme si en leur donnant un nom ils allaient quitter mon imaginaire pour s&rsquo;incarner dans la r\u00e9alit\u00e9&#8230; et que j&rsquo;allais les perdre, tels que je les avais imagin\u00e9s. Je crois que cela m&rsquo;intimide, \u00e9trange n&rsquo;est-ce pas ?&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-3241 aligncenter\" src=\"https:\/\/la-conteuse.net\/wp-content\/uploads\/2015\/10\/bar.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"43\"><\/p>\n<p>Oeuvres d&rsquo;art, portraits anciens, photographies, \u0153uvres litt\u00e9raires, lieux hant\u00e9s de souvenirs : il faut bien toute l&rsquo;imagination d&rsquo;un historien ou d&rsquo;un r\u00eaveur pour leur redonner vie !<\/p>\n<p><strong>Et vous, qui passez peut-\u00eatre par-l\u00e0, qu&rsquo;en pensez-vous ?<\/strong> Est-ce qui vous arrive aussi de penser aux absents ? Aux fant\u00f4mes de nos lieux de vie ? &nbsp;Aux regards des photographies anciennes&#8230; qui m&rsquo;interrogent encore plus que les portraits peints ? Car la photographie en a fait couler de l&rsquo;encre. Tant cet instantan\u00e9 de vie \u00e0 l&rsquo;instant T est troublant, &nbsp;porteur d&rsquo;imaginaire et de souvenirs qui ne manquent pas de nous observer bien au-del\u00e0 de la vie et de la mort.&nbsp;<\/p>\n<p>Je conclurai par cette citation de Roland Barthe :&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00ab\u00a0Un jour, il y a bien longtemps, je tombai sur une photographie du dernier fr\u00e8re de Napol\u00e9on, J\u00e9r\u00f4me (1852). Je me dis alors, avec un \u00e9tonnement que depuis je n\u2019ai jamais pu r\u00e9duire&nbsp;:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong> \u00ab Je vois les yeux qui ont vu l\u2019Empereur.&nbsp;\u00bb\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<h5 style=\"text-align: center;\"><strong>Roland Barthes,&nbsp;<em>La chambre claire<\/em><\/strong><\/h5>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-3822 aligncenter\" src=\"https:\/\/la-conteuse.net\/wp-content\/uploads\/2005\/05\/10.jpg\" alt=\"\" width=\"560\" height=\"243\" srcset=\"https:\/\/la-conteuse.net\/wp-content\/uploads\/2005\/05\/10.jpg 857w, https:\/\/la-conteuse.net\/wp-content\/uploads\/2005\/05\/10-300x130.jpg 300w, https:\/\/la-conteuse.net\/wp-content\/uploads\/2005\/05\/10-768x333.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 560px) 100vw, 560px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des landes qui courent \u00e0 perte de vue, &#8230; L&rsquo;horizon pour seule limite. Des brumes volantes. 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